Maisons à pans de bois

Patrimoine · Trégor-Goëlo · XVe–XVIIe siècle

Les maisons à pans de bois du Trégor

Colombages de chêne, encorbellements, fenêtres en accolade, le style de Guingamp rayonne dans tout le Trégor. Tréguier, Lannion, La Roche-Derrien, Pontrieux, Paimpol, Guingamp : un patrimoine vivant.

Style de Guingamp Ty Bras Ru, La Roche-Derrien Tréguier · 57 maisons Lannion · 34 maisons
Le Trégor, chiffres clés
  • Tréguier : 57 maisons à pans de bois · 7e rang breton par le nombre
  • Lannion : 34 maisons datant de l’âge d’or du Trégor
  • La Roche-Derrien : 2 maisons remarquables sur la place du Martray (n°2 et n°8)
  • Période : principalement XVe–XVIIe siècle, style de Guingamp
  • Sur la même place que Ty Kousked : Ty Bras Ru (8 place du Martray)

Les maisons à pans de bois du Trégor sont issues de l’architecture médiévale bretonne. Construites principalement en chêne, ces structures se distinguent par leur ossature apparente. Dans le Trégor, elles arborent souvent des fenêtres en accolade, des motifs sculptés et des encorbellements caractéristiques, étages en saillie sur la rue. Elles étaient autrefois habitées par la bourgeoisie marchande et les armateurs.

Le style de Guingamp

Les maisons à pans de bois dites du style de Guingamp apparaissent principalement entre le XVe et le XVIIe siècle, à une époque où Guingamp connaissait un essor commercial et religieux comme place forte des ducs de Bretagne. Ce style se caractérise par des façades à encorbellement, des colombages apparents souvent peints ou sculptés, et des pignons tournés vers la rue.

On en retrouve non seulement à Guingamp, mais aussi dans plusieurs villes du Trégor-Goëlo : Lannion, Pontrieux, Tréguier, La Roche-Derrien. Les artisans charpentiers reproduisirent ces techniques dans tout le réseau commercial et religieux du Trégor, créant une cohérence architecturale sur l’ensemble du territoire.

Principe de construction

Ces maisons reposent sur une ossature en chêne qui forme la structure porteuse. Entre les poutres étaient insérés différents matériaux selon les ressources locales.

L’ossature en chêne

Poutres équarries assemblées par tenons et mortaises, consolidées par des chevilles en bois, sans clous ni vis. Le chêne, abondant dans l’Argoat (Trégor intérieur), était le matériau de choix pour sa solidité et sa durabilité.

Le remplissage

Selon les ressources locales : torchis (mélange de terre, sable et paille), briques ou pierres. Le torchis, isolant naturel efficace, protégeait des intempéries et régulait la température.

L’encorbellement

Avancée d’un étage sur l’autre permettant de gagner de l’espace dans les étages supérieurs tout en limitant la surface taxée au sol (l’impôt médiéval portait sur l’emprise au sol). Protection des façades inférieures contre la pluie.

Les sculptures

Sablières, consoles et poteaux sculptés, motifs géométriques, végétaux, figuratifs. La richesse des sculptures signalait le statut du propriétaire. Les fenêtres en accolade, typiques du style flamboyant, décorent souvent les linteaux.

Le saviez-vous, l’impôt et l’encorbellement

L’encorbellement (étages en saillie) n’est pas qu’une prouesse esthétique. Au Moyen Âge, l’impôt foncier portait sur l’emprise au sol du bâtiment. En faisant saillir chaque étage au-dessus du précédent, on augmentait la surface habitable sans augmenter l’assiette fiscale. Un encorbellement de 30 cm par étage, multiplié sur trois ou quatre niveaux, pouvait représenter un gain de surface non négligeable, et une économie substantielle d’impôts.

La Roche-Derrien, Ty Bras Ru et la place du Martray

À La Roche-Derrien, deux maisons à colombages remarquables se font face sur la place du Martray, le cœur historique de la cité. Elles datent des XVe au XVIIe siècles et témoignent du rôle marchand de cette ancienne bastide, animée par les foires, les marchés et le commerce fluvial sur le Jaudy.

8 place du Martray · Sur la même place que Ty Kousked
Ty Bras Ru, la grande maison rouge

La plus remarquable de La Roche-Derrien. Ty Bras Ru signifie « grande maison rouge » en breton, sa façade rouge et ses colombages saillants ne passent pas inaperçus. Elle est directement collée au gîte Ty Kousked. Récemment restaurée pour retrouver tout son éclat. Elle est de la mouvance des maisons à colombage de Guingamp et du Trégor. Au fil des siècles, Ty Bras Ru a servi de centre de haute justice, d’hôtel, de musée et d’échoppe de chapelier. Aujourd’hui, elle est redevenue ce pour quoi elle a été conçue : une maison habitée. Patrimoine vivant, pas figé.

2 place du Martray
La maison verte

La seconde maison remarquable de la place du Martray. Façade à colombages, encorbellement visible, façade colorée en vert qui lui vaut son surnom local. Construite par des marchands prospères, son architecture est représentative des maisons urbaines du XVe siècle dans le Trégor.

Pour une page dédiée à Ty Bras Ru avec l’histoire complète du bâtiment, voir la page Ty Bras Ru.

Tréguier, 7e rang breton

Tréguier compte 57 maisons à pans de bois, ce qui la place au 7e rang des villes bretonnes pour le nombre de ces structures. L’évolution architecturale a vu les façades droites remplacer progressivement les structures en encorbellement dès le XVIIe siècle, mais les exemples subsistants autour de la place du Martray et de la cathédrale Saint-Tugdual restent remarquables. Parmi les plus connues : la Maison de la Duchesse Anne (XVe siècle) et la Maison de Lisette (XVIe siècle, escalier en colimaçon et poutres apparentes).

Lannion, 34 maisons de l’âge d’or

Lannion abrite 34 maisons en pans de bois datant de l’âge d’or du Trégor, XVe et XVIe siècles. Malgré les incendies durant les guerres de la Ligue (XVIIe siècle), l’architecture à colombage a survécu dans les ruelles autour de la place du Centre. La plus connue reste la Maison aux Chapeliers, reconnaissable à ses colombages élégants et son pignon en saillie. La visite à pied permet de repérer plusieurs de ces maisons dans les rues Émile Le Taillandier et Geoffroy de Pontblanc.

Pontrieux, la Maison Eiffel

Surnommée la « petite Venise du Trégor » grâce à ses lavoirs fleuris le long du Trieux, Pontrieux conserve plusieurs maisons à colombages autour de la place du Martray. La plus célèbre est la Maison Eiffel, construite par Gustave Eiffel pour sa fille, un lien mystérieux qui fait la réputation de la maison dans le bourg. Ses façades en bois, restaurées et mises en valeur, contribuent à l’atmosphère pittoresque de cette petite cité de caractère. La maison classée sur la place Yves Le Trocquer est la seule connue à être officiellement classée à Pontrieux.

Ce qu’on vous dit pas, Eiffel dans le Trégor

Gustave Eiffel a laissé plusieurs empreintes dans les Côtes-d’Armor. La Maison Eiffel à Pontrieux (pour sa fille), la passerelle du Domaine de Kermezen à La Roche-Jaudy (1874, pour le comte Joseph de Kermel), la Villa Ker Avel à Ploumanac’h (1903, pour son fils Albert), et le viaduc de Frynaudour à Plourivo (1893). La passerelle de Kermezen est donc à quelques kilomètres seulement de Ty Kousked.

Paimpol, la Maison Jézéquel

Paimpol se distingue par ses demeures à colombage du XVe siècle. La plus remarquable est la Maison Jézéquel, qui héberge une quincaillerie-coutellerie depuis 1886, continuité commerciale remarquable sur plus d’un siècle et demi dans ce même bâtiment médiéval. Un bel exemple de patrimoine vivant et fonctionnel.

Guingamp, la Maison Henry Kerisnel

Guingamp, ancienne place forte des ducs de Bretagne et cité épiscopale, abrite de belles maisons à pans de bois principalement autour de la place du Centre et dans ses rues commerçantes. La Maison Henry Kerisnel, située près de l’hôtel de ville, est l’exemple emblématique, façade restaurée illustrant le savoir-faire des charpentiers bretons du XVe–XVIe siècle. C’est de Guingamp que rayonne le style architectural repris dans tout le Trégor.

Autres villes du Trégor-Goëlo

Châtelaudren
Plusieurs maisons à colombages, vestiges du rôle commercial et administratif de la ville dès le Moyen Âge. Cité de Goëlo à explorer.
Tréguier · alentours cathédrale
Quelques façades anciennes subsistent autour de la cathédrale Saint-Tugdual, à identifier lors d’une visite de la cité épiscopale.
Rue Émile Le Taillandier (Lannion)
N°7 : maison fin XVIe, rez-de-chaussée granit, 3 étages en encorbellement, sablières sculptées, inscrite aux Monuments Historiques.

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