La Roche-Derrien
Commune déléguée de La Roche-Jaudy · 22450 · Côtes-d’Armor
Cité médiévale sur le Jaudy, à 6 km de Tréguier. Maisons à pans de bois, bataille de 1347, distillerie artisanale, marché du vendredi. Les habitants s’appellent les Rochois, Roc’hiz en breton.
Cité médiévale Maisons à pans de bois Marché du vendredi Kapital Stoup- La Roche-Derrien = commune déléguée de La Roche-Jaudy depuis 2019 · code postal 22450
- Depuis La Roche-Derrien : Tréguier 6 km · Lannion 18 km · Paimpol 24 km · Perros-Guirec 17 km (port)
- Superficie : 1,84 km² · altitude 2–60 m · population 2024 : environ 1 010 habitants
- Coordonnées : 48,746° N / 3,261° O · les deux noms fonctionnent en GPS
- Marché : vendredi matin, place du Martray, la même place que Ty Kousked
La Roche-Derrien est une petite cité bretonne sur la rive droite du Jaudy, à l’endroit exact où l’eau douce et l’eau de mer se mêlent deux fois par jour. C’est un ria, une vallée fluviale envahie par la mer, pas un estuaire ordinaire. Le Jaudy est l’un des rares rias de Bretagne nord. Ça change le paysage, le rapport à la marée, la lumière sur l’eau.
En 2019, La Roche-Derrien est devenue commune déléguée de La Roche-Jaudy. Les habitants disent toujours La Roche-Derrien. Les panneaux affichent les deux. Le GPS accepte les deux. Le marché du vendredi est toujours place du Martray.
Géographie, le Jaudy et son ria
La ville est construite sur un promontoire dominant le Jaudy, c’est l’éminence qui a tout déclenché : d’abord un passage à gué, puis un pont, puis le château médiéval de Derrien. L’altitude varie de 2 à 60 mètres sur seulement 1,84 km². En montant vers la Chapelle du Calvaire, on comprend immédiatement pourquoi cet endroit a été choisi au XIe siècle.
Sur les berges du Jaudy, des sentiers longent l’eau jusqu’au pont. On y observe des hérons cendrés, des aigrettes, et vers l’embouchure côté Tréguier, parfois des phoques. En canoë-kayak depuis le club local, on a une autre lecture de la ville et de ses murs.
Un ria se forme quand la mer envahit une vallée fluviale, c’est différent d’un estuaire (bouche d’un fleuve) et d’un aber (vallée encaissée de Bretagne finistérienne). Le Jaudy est l’un des rares rias de Bretagne nord. À marée haute, l’eau remonte jusqu’à La Roche-Derrien et Tréguier, rendant certaines routes fluviales navigables, ce qui a fait la fortune commerciale de la cité pendant des siècles.
D’où vient le nom ?
Le nom est attesté depuis 1165 sous la forme latine castrum de rupe (le château sur le rocher). Puis La Roche Derian en 1405, La Rochederien en 1434, Rocha Deryani en 1444. Le nom vient de Derrien, fils d’Éon de Penthièvre et neveu du duc Alain III de Bretagne. Éon de Penthièvre était frère du duc, l’une des familles les plus puissantes du duché au XIe siècle.
Derrien, probablement fils illégitime, aurait fait bâtir vers 1080 un château fort sur le promontoire rocheux dominant le Jaudy. Les sources médiévales restent floues, à cette époque, les fils portaient souvent le prénom de leur père, ce qui entretient la confusion autour du personnage. Certains historiens estiment que « Derrien » pourrait désigner plusieurs descendants de la lignée des Penthièvre.
Le nom Martray vient du latin martyrium, les places centrales où se croisaient commerce et justice dans les bourgs bretons médiévaux. On retrouve ce nom à La Roche-Derrien, Tréguier, Paimpol et Quimperlé. À La Roche-Derrien, la place du Martray est le centre de la vie depuis le Moyen Âge. Le marché du vendredi s’y tient encore aujourd’hui, exactement là où se tenaient les foires médiévales.
Itinéraire de visite
La visite se fait entièrement à pied. Le bourg est petit, 1,84 km², mais dense en patrimoine. Compter 2 heures pour le parcours complet, 45 minutes pour le circuit court.
Parcours complet (environ 2h)
Point de départ. Maisons à pans de bois colorées, Ty Bras Ru (n°8, la grande maison rouge) et la maison verte (n°2). Ty Kousked est au n°6, collé à Ty Bras Ru.
Style roman et gothique, parties les plus anciennes du XIIIe siècle. Vitraux restaurés dont le vitrail de 1928 illustrant la bataille de 1347. Son binaural unique en Bretagne : revisit immersif du siège de 1347 en 3D.
Par la venelle face à l’église. Longer les berges jusqu’au pont. Hérons, aigrettes, vue sur la cité depuis l’eau.
Chapelle érigée en 1867 sur la motte féodale, à l’emplacement de l’ancien donjon. Vue remarquable sur la ville et la vallée du Jaudy. Pierres numérotées, transportées depuis Lannion et reconstruites à l’identique.
La brasserie L’Armateur, bière artisanale. Écluse, pont, passerelle jusqu’à la base de canoë-kayak.
Quartier de Keravel, sur le coteau des Mézeaux. Construite au XVIe siècle à l’emplacement du moulin à vent au pied duquel Charles de Blois fut arrêté en 1347. Restaurée en 1777.
La place du Pilori, ancien lieu de justice. Retour par la place du Martray.
Brunaudes et macarons de la Maison Le Mat, à déguster au bar Le Graal. Terminer à la distillerie Ar Roc’h et son gin artisanal.
L’application La Roche en 3D (disponible sur smartphone ou sur tablettes prêtées par la Mairie) propose un parcours immersif avec réalité augmentée, réalité virtuelle et son 3D. C’est l’une des expériences les plus abouties de ce type dans les Côtes-d’Armor. La meilleure lumière pour photographier Ty Bras Ru : fin d’après-midi, lumière rasante depuis l’ouest. La couleur rouge est sa couleur d’origine restituée lors de la restauration récente.
Le patrimoine architectural


La motte féodale et la Chapelle du Calvaire
Derrien a fait bâtir son château fort vers 1080 sur le promontoire rocheux. Cette motte féodale est typique des fortifications médiévales normandes adaptées en Bretagne. Le château fut détruit une première fois en 1394, puis définitivement rasé en 1420. Il n’en reste rien, mais la Chapelle du Calvaire, érigée à son emplacement en 1867 (3 Venelle des Anglais), offre la vue que devaient avoir les guetteurs médiévaux sur la vallée du Jaudy.
Les maisons à pans de bois
La Roche-Derrien possède plusieurs maisons à pans de bois des XVe au XVIIe siècles. Construites par des marchands aisés impliqués dans le commerce du lin, leur architecture reprend le style de Guingamp : petites fenêtres rapprochées dont la partie supérieure est découpée en accolade dans deux pièces de bois assemblées en croix de Saint-André.
La plus emblématique est Ty Bras Ru (la Grande Maison rouge, n°8 place du Martray), centre de haute justice, hôtel, musée, échoppe de chapelier au fil des siècles. Aujourd’hui redevenue habitation. Ty Kousked est au n°6, directement collé contre elle.
L’église Sainte-Catherine
Édifice roman et gothique dont la construction a commencé au XIVe siècle. Après les dommages de la bataille de 1347, Roland de Kersaliou, seigneur de La Roche-Derrien et capitaine du duc, y fit construire une grande chapelle à l’angle sud-est. Classée monument historique en 1913. Elle abrite des statues anciennes (sainte Catherine, sainte Vierge, saint Yves, saint Éloi) et un vitrail de 1928 illustrant la reddition de Charles de Blois.
Les trois chapelles
La Chapelle du Calvaire (3 Venelle des Anglais) sur la motte féodale. La Chapelle Notre-Dame de la Pitié (Keravel), XVIe siècle, à l’emplacement exact de la capture de Charles de Blois en 1347. La Chapelle Saint-Jean (5 Rue de la Chapelle). Trois chapelles pour une ville de 1 010 habitants.
Histoire, de la place forte au carrefour du lin
La cité médiévale
Fondée au XIe siècle, La Roche-Derrien se partageait entre ville haute et ville basse. La ville haute concentrait les maisons bourgeoises à pans de bois, marchands, notables, familles du commerce du lin. La ville basse, au bord du Jaudy, abritait les classes populaires : chiffonniers, couvreurs spécialistes des ardoises extraites des carrières environnantes. Ce contraste se lit encore dans les ruelles aujourd’hui.
Au XIIIe siècle, la ville se fortifie. Le port d’échouage permet d’approvisionner la cité et le seigneur perçoit une taxe sur les bateaux qui remontent le Jaudy. Le sel et le vin arrivent par bateau, la laine et le lin repartent.
La bataille de 1347
Le 20 juin 1347, la bataille la plus décisive de la guerre de Succession de Bretagne se joue ici. Charles de Blois assiège le château tenu par les partisans de Jean de Montfort. L’armée de secours anglaise de Sir Thomas Dagworth, beaucoup moins nombreuse, attaque le camp principal et tombe dans un piège. Mais une sortie de la ville, principalement des citadins armés de haches et d’outils agricoles, prend les lignes de Charles par derrière. Charles de Blois est blessé, fait prisonnier, envoyé en Angleterre. Il y restera neuf ans avant d’être libéré contre rançon en 1356.
Après la paix de 1365, le château est rasé en 1420. La Roche-Derrien cesse tout rôle stratégique militaire.
La bataille de La Roche-Derrien est considérée comme l’une des premières tentatives françaises de faire face aux nouvelles tactiques anglaises (archers, formations défensives) qui avaient vaincu à Crécy l’année précédente. La stricte ordonnance de Charles de Blois à ses commandants de rester dans leurs campements fut sa perte : les forces anglo-bretonnes nettoyèrent chaque campement l’un après l’autre. Charles de Blois, béatifié en 1904, est l’un des rares seigneurs médiévaux à avoir été canonisé.
La Kapital Stoup, capitale des teilleurs de lin
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, La Roche-Derrien est la Kapital Stoup, la capitale des teilleurs de lin en breton. Le lin, cultivé dans tout le Trégor, était acheminé ici pour être teillé, filé et tissé. Le port fluvial permettait d’exporter les textiles vers Tréguier et les grandes routes maritimes. L’activité était si intense que la cité prospéra grâce à ce commerce, donnant naissance à une véritable identité ouvrière et artisanale.
Au XIXe siècle, le déclin du lin face au coton et à l’industrialisation mit fin à cette économie. Mais le surnom est resté. En 2024, des artisans locaux, distillerie, brasserie, potière, photographe, ont repris le terme Kapital Stoup pour une visite commune. La mémoire du lin façonne encore l’identité rochoise.
Les métiers anciens
La basse ville était le quartier des chiffonniers, qui collectaient tissus usagés et matériaux de récupération, et des couvreurs, spécialistes du schiste ardoisier extrait des carrières locales. Ces métiers avaient leur propre langage : l’argot du tunodo, recueilli et étudié par Narcisse Quellien. Témoignage unique sur la culture ouvrière du XIXe siècle dans le Trégor.
Les artisans aujourd’hui
Gin artisanal breton. Visite et dégustation. Le nom : « la roche » en breton.
Bières artisanales. Rue de la Fontaine. Visites de la cuverie sur demande.
Dans la tradition des chiffonniers de la ville basse. Récupération et création textile.
Potière-céramiste. Atelier ouvert, pièces uniques inspirées du Trégor.
Jean, auteur-photographe. Tirages du Trégor et du patrimoine local.
Boulangerie-pâtisserie. Brunaudes et macarons. À déguster au bar Le Graal.
Narcisse Quellien, né ici
Né en 1848 dans le quartier de Penn-ar-Pont, fils d’un cordonnier et d’une tricoteuse, Narcisse Quellien est l’une des grandes figures des lettres bretonnes du XIXe siècle. Poète, écrivain, ethnographe, il a consacré une partie de sa vie à recueillir les chansons populaires du Trégor et à étudier la culture orale bretonne. Il a transcrit l’argot des chiffonniers de La Roche-Derrien (Un exemple d’argot breton : le tunodo, 1885), écrit Annaïk (1880) et Contes et nouvelles du pays de Tréguier (1898). Il meurt à Paris en 1902, renversé par une automobile. Une stèle commémorative rappelle son attachement à sa cité natale.
Questions fréquentes
La Roche-Derrien ou La Roche-Jaudy, quelle différence ?
Depuis 2019, La Roche-Derrien est commune déléguée de La Roche-Jaudy (commune nouvelle regroupant 4 communes). Le code postal est 22450. Les deux noms fonctionnent en GPS. Les habitants disent toujours La Roche-Derrien. Voir la page sur La Roche-Jaudy pour le détail.
Peut-on faire du canoë sur le Jaudy ?
Oui. Il existe un club de canoë-kayak à La Roche-Derrien, qui participe régulièrement aux épreuves nationales et internationales. La base est accessible depuis la rue de la Fontaine, après l’écluse.
Qu’est-ce que l’application La Roche en 3D ?
Un parcours immersif utilisant la réalité augmentée, la réalité virtuelle et le son 3D pour découvrir l’histoire médiévale de la ville. Disponible sur smartphone ou sur tablettes prêtées par la Mairie et l’Office de Tourisme.
Qu’est-ce que le son binaural de l’église ?
Une expérience sonore en 3D dans l’église Sainte-Catherine permettant de revivre la bataille de 1347 via un docu-fiction immersif. L’une des rares expériences de ce type en Bretagne.
Aller plus loin
Ville haute et ville basse, fortifications, motte féodale, commerce du lin, l’histoire complète de La Roche-Derrien.
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