Le Temple de Lanleff

Patrimoine · Côtes-d’Armor · Trégor

Le Temple de Lanleff

Église romane du Xe-XIe siècle à architecture circulaire unique en Bretagne, inspirée du Saint-Sépulcre de Jérusalem, entre Guingamp et Paimpol. Accès libre et gratuit.

Xe–XIe siècle Architecture circulaire 140 sculptures Accès libre

Repère local
  • Temple de Lanleff · commune de Lanleff · 22290 · Côtes-d’Armor
  • À 22 km de La Roche-Derrien (La Roche-Jaudy) · entre Guingamp et Paimpol
  • Accès libre et gratuit toute l’année · Aucune signalétique depuis la route principale
Entre Guingamp et Paimpol, au milieu de rien, une rotonde romane du Xe ou XIe siècle se dresse dans un champ. Deux enceintes concentriques sans toit, douze arcades, 140 sculptures. On n’a pas encore d’accord définitif sur ce que c’était, temple, baptistère, église templière, preuve que les Bretons ont découvert l’Amérique avant Colomb. Depuis le XVIIIe siècle, 180 références et six théories. Accès libre et gratuit.

Arche du Temple de Lanleff, entre Guingamp et Paimpol

Une architecture en cercles concentriques unique en Bretagne

Le Temple de Lanleff est constitué de deux enceintes concentriques dépourvues de toit, majoritairement construites en grès rose. La structure interne comprend douze arcs de style roman primitif, soutenus par des piliers de forme carrée, ornés de colonnes adossées.

Les chapiteaux et colonnes sont parés de plus de 140 éléments décoratifs sculptés, motifs géométriques, végétaux, figurations humaines et animales, illustrant la maîtrise artistique des bâtisseurs du Haut Moyen Âge. Parmi eux, la figure d’Adam pudique, ses grandes mains aux doigts allongés, captive particulièrement le regard.

Intérieur des enceintes concentriques du temple de Lanleff

Des observations approfondies ont révélé que le Temple n’est pas purement circulaire, il était complété à l’est par trois absides circulaires, une disposition similaire à l’église templière de Ségovie et à l’ancienne église du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

Les théories sur ses origines : 180 références en 3 siècles

Depuis le XVIIIe siècle, le Temple de Lanleff a suscité plus de 180 références et représentations. Six hypothèses principales ont été avancées :

Théorie 1
Temple païen gaulois ou gallo-romain
Théorie 2
Construction templière
Théorie 3
Baptistère mérovingien
Théorie 4
Cimetière médiéval
Consensus actuel ✓
Église romane inspirée du Saint-Sépulcre
Théorie 6
Preuve de la découverte de l’Amérique par les Bretons

Le consensus actuel, une rotonde romane du XIe siècle

La découverte d’une charte de 1148 a confirmé l’identité chrétienne du site sous le nom de Sainte-Marie-de-Lanleff. En 1836, Prosper Mérimée, inspecteur des Monuments Historiques, notait lors de son passage que l’église semblait plus ancienne que le XIIe siècle. Ses observations structurelles et stylistiques ont contribué à orienter le consensus vers la période romane du Xe–XIe siècle. Les matériaux utilisés, grès rose, spilite et granite gris-beige, sont typiques des pratiques de construction de la région à cette époque et n’ont rien des techniques médiévales tardives.

La structure se rapproche de plusieurs rotondes chrétiennes de pèlerinage : l’église templière de Ségovie (Espagne), l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem à l’origine. Ces édifices circulaires à double enceinte étaient construits par des pèlerins de retour de Terre Sainte, désireux de reproduire les formes du tombeau du Christ. Cette interprétation expliquerait les trois absides à l’est et la disposition des arcades.

Le saviez-vous, l’Adam pudique

Le Temple de Lanleff compte exactement 140 éléments sculptés sur ses chapiteaux et colonnes. Parmi eux, une figure surnommée «Adam pudique», grande main aux doigts allongés placée sur le bas-ventre, qui n’a pas encore d’interprétation unanime. Certains historiens y voient un Adam post-péché originel, d’autres une figure prophylactique. Elle est l’une des rares sculptures romanes bretonnes à représenter un personnage masculin nu dans une posture aussi explicitement pudique.

L’if séculaire et le cimetière

Un if séculaire trônait au centre de la rotonde, arbre typique des enclos paroissiaux bretons, symbole d’immortalité et de continuité entre vivants et morts. Il est documenté pour la première fois par le Marquis de Robien en 1735 lors de sa visite du site. Cet if a été abattu en 1857, probablement lors de travaux d’entretien ou d’aménagement. Il reste présent sur les gravures et dessins du XVIIIe siècle qui ont contribué à populariser le site.

Le sol du Temple a livré des tombes avec épitaphes et des ossements, témoins d’un usage funéraire bien documenté. Des inhumations ont eu lieu à l’intérieur de la rotonde jusqu’en 1718, date à laquelle cette pratique fut abandonnée. Cette fonction cimétériale est l’une des raisons pour lesquelles certains chercheurs avaient initialement proposé l’hypothèse d’un cimetière médiéval.

Les légendes du Temple

Temple de Lanleff, rotonde romane

La légende de la fontaine maudite

Selon la légende locale, une sorcière conclut un accord avec le diable, lui cédant son enfant en échange de douze pièces d’or incandescentes. Quand le diable emporta l’enfant, il lança les pièces à la sorcière qui se brûla en les attrapant. Les traces de ces pièces brûlantes seraient encore visibles sur le rebord de la fontaine, en humidifiant la pierre.

La comparaison avec Newport (États-Unis)

Une tour circulaire à Newport (Rhode Island, États-Unis) a été comparée au Temple de Lanleff en raison de sa forme ronde et de son architecture en arcades. Cette ressemblance a alimenté l’hypothèse que des Bretons auraient pu traverser l’Atlantique avant Christophe Colomb et y avoir construit un édifice similaire. La théorie a été notamment portée par des auteurs bretonnants au XIXe siècle, séduits par l’idée d’une Bretagne pionnière. Les datations au carbone 14 effectuées sur les mortiers de la tour de Newport ont conclu qu’elle datait du XVIIe siècle, soit environ deux siècles après Colomb et des dizaines d’années après la colonisation anglaise de la région. Cette datation rend la comparaison historiquement peu soutenable, même si elle continue de circuler dans certains cercles.

Le champ magnétique

Des visiteurs évoquent des sensations particulières sur le site, vibrations, résonance avec la nature, que certains attribuent à un champ magnétique ou à une énergie tellurique liée à l’ancienne utilisation du lieu. Ces expériences restent subjectives et non étayées scientifiquement.

Étymologie : d’où vient « Lanleff » ?

Lann désigne en breton un ermitage ou un sanctuaire, le même préfixe que dans Landreger (Tréguier en breton) ou Lanmaudez. Voir l’article sur l’étymologie du Trégor. Leff renvoie à la rivière qui sillonne ce secteur de la Bretagne. « Lanleff » suggère donc la présence d’un ermitage jouxtant la rivière Leff, ce qui s’accorde parfaitement avec le passé monacal médiéval. En breton contemporain, la commune se nomme Lanleñv.

Intérieur du Temple de Lanleff, arcades romanes

Infos pratiques

InformationDétail
AdresseLe Bourg, 22290 Lanleff, Côtes-d’Armor
AccèsLibre, toute l’année
TarifGratuit
Visites commentéesParfois organisées, renseignements à la mairie
Distance depuis Ty Kousked (La Roche-Derrien)Environ 22,4 km
Itinéraire recommandéD786 vers Tréguier · puis D8 vers Squiffiec · puis D54 vers Lanleff · 8 km depuis Pontrieux
SignalétiqueAucun panneau depuis la route principale, GPS indispensable. Chercher « Temple de Lanleff » ou l’église du bourg de Lanleff.
ParkingInformel sur le bas-côté de la route de la mairie du bourg
ClassementMonument historique classé
À combiner avecPontrieux (lavoirs fleuris) · Pont de Frynaudour (8 km) · Tréguier
Ce qu’on vous dit pas

Le Temple de Lanleff n’est pas signalé depuis les routes principales, ni depuis la D786, ni depuis l’entrée du bourg. Il faut entrer dans le village, trouver l’église paroissiale, et le Temple est juste à côté, dans une cour ouverte. Beaucoup de gens passent dans le secteur sans jamais le voir. Mettre « Temple de Lanleff » dans Google Maps fonctionne bien. La meilleure lumière pour les photos : fin d’après-midi, lumière rasante sur le grès rose des arcades.

Dans le Trégor