Étymologie du Trégor : Tréguier, Landreger et Trégor
En arrivant à Tréguier, deux panneaux superposés : Tréguier et Landreger. Ce n’est pas une coïncidence ni un doublon administratif, c’est l’histoire d’une ville fondée au VIe siècle par un moine gallois, dont le nom a traversé quinze siècles en deux langues.
- Tréguier · Landreger en breton · 22220 · Côtes-d’Armor · à 6 km de La Roche-Derrien (La Roche-Jaudy)
- Confluence du Jaudy, du Guindy et du Lizildry · ancienne capitale épiscopale du Trégor
- Fondée au VIe siècle par Saint Tugdual · siège d’évêché jusqu’en 1790
D’où vient le nom Tréguier ?
Le nom Tréguier trouve ses racines dans le breton. Deux étymologies coexistent, et elles ne sont pas incompatibles.
« Trois », ou « lieu habité »
« Cours d’eau »
« Les trois cours d’eau », le Jaudy, le Guindy et le Lizildry
La ville de Tréguier se trouve en effet à la confluence du Jaudy et du Guindy, avec leur petit affluent le Lizildry en rive gauche. Trois cours d’eau, un nom. L’autre étymologie rattache guer au nom gallois Gwer, soit « la ville de Gwer » ou « la ville de Saint-Tudwal ». Les deux lectures se superposent dans l’histoire de la ville.
Le préfixe Tre- ou Treger se retrouve dans d’autres noms de lieux du secteur. Trégastel signifie « la paroisse de Saint-Gastel ». Le Trégor comme nom de région vient du même radical. Ces noms témoignent du système de paroisses bretonnes du haut Moyen Âge, où chaque tre désignait un lieu habité organisé autour d’une entité religieuse ou d’un saint fondateur.
Pourquoi Landreger en breton ?
En breton, Tréguier s’appelle Landreger. Ce nom est une évolution de Lan Trecor, donné par le moine gallois Tugdual quand il fonda son monastère au VIe siècle. La décomposition est directe :
« Landreger » peut être traduit par « monastère de Tréguier » ou « ermitage du Trégor ». Ce terme fait référence à l’établissement religieux fondé par Saint Tugdual, probablement à l’emplacement de l’actuelle cathédrale Saint-Tugdual.
Le mot breton « lan »
Le préfixe lan est dérivé du gallois llan, même sens, même racine. Il désigne un lieu consacré : monastère, ermitage, chapelle. On le retrouve dans de nombreux noms de communes bretonnes : Lanmaudez (près de Pleubian), Lanildut (Finistère), ou encore Lanleff, qui donne son nom au Temple de Lanleff, à 22,4 km de La Roche-Jaudy. Ce préfixe lan est commun aux langues celtiques, gaélique écossais, gaélique irlandais, breton, gallois, témoignage de la parenté de ces langues et de l’influence du christianisme celtique sur la toponymie.
Saint Tugdual, le fondateur
Saint Tugdual, aussi écrit Tudwal ou Tudgual, est un saint gallois du VIe siècle, l’un des sept saints fondateurs de Bretagne, avec Pol Aurélien, Corentin, Brieuc, Malo, Samson et Patern.
Selon la tradition, fils d’un roi gallois, il est éduqué dans un monastère au pays de Galles, puis envoyé en Bretagne vers l’an 520 pour évangéliser la région. Il fonde à Tréguier un monastère qui deviendra le siège d’un évêché, et qui est aujourd’hui la cathédrale Saint-Tugdual.
Il est mort vers 564, enterré dans la cathédrale. Il est fêté le 30 novembre en Bretagne et le 1er décembre au pays de Galles. Patron des diocèses de Tréguier et de Saint-Brieuc, protecteur des marins et des pêcheurs.
Étymologie du nom Tugdual
Le nom Tugdual est formé sur deux racines bretonnes : tud (peuple) et uual (valeur). Soit, littéralement, « la valeur du peuple » ou « celui qui représente la qualité du peuple ». Le nom de la cathédrale, et par extension celui de la ville, porte donc en lui cette étymologie.
Saint Tugdual est connu pour plusieurs légendes : il aurait transformé une source d’eau salée en eau douce pour abreuver les pauvres et les malades. On dit aussi qu’il a été enterré avec une cloche qui sonne chaque fois que quelqu’un a besoin de son aide. Ces récits hagiographiques sont typiques de la tradition bretonne des saints fondateurs, ils mêlent miracles, proximité avec les humbles et lien au territoire.
L’étymologie du Trégor
Le Trégor est la région historique de Bretagne qui correspond approximativement à l’actuel arrondissement de Lannion, jusqu’à Tréguier, englobant l’ensemble de la Côte de Granit Rose, dans les Côtes-d’Armor. Bordée par la Manche au nord, le Léon à l’ouest et le Goëlo à l’est.
Formes anciennes du nom
Peuple de la Narbonnaise · « trois armées »
Cornouailles britanniques · même racine
Le terme Trégor vient du breton Treger, lui-même lié au vieux breton Trecher ou Trecor. Ces termes sont apparentés au latin Tricorii, un peuple de la Narbonnaise, qui signifie littéralement trois armées. En breton, le préfixe tre peut signifier « trois » ou « lieu habité », et cor peut s’interpréter comme « armée » ou « assemblée ».
Le Trégor évoque également le nom de Trigger dans les Cornouailles britanniques, soulignant l’origine géographique du peuplement suite à l’immigration bretonne du haut Moyen Âge. Cette parenté toponymique est un marqueur de la migration des peuples bretons depuis l’île de Bretagne vers l’Armorique aux Ve–VIe siècles.